L'internationalisation du droit saisie par les mutations de son système d'enseignement au Maroc : entre configurations d'acteurs et prisme circulatoire (2004-2025)

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Docteur : Madame Myriam SEFRAOUI

Directeur : M. Marc MILET

Discipline : Science politique

Date de la soutenance :

Date de la soutenance
23 janvier 2026

Horaires :

Le vendredi 23 janvier 2026 à 14h00

Adresse :

Salle Collinet - Centre Sainte-Barbe (3è étage) - 4 rue Valette, 75005 PARIS

Jury :

M. Marc MILETProfesseur des universitésUniversité Paris Panthéon-AssasDirecteur de thèse
Mme Nadia KHROUZProfesseur assistantSciences Po Rabat de l'Université Internationale de RabatExaminatrice
M. Jean-Vincent HOLEINDREProfesseur des universitésCentre Thucydide Université Paris-Panthéon-Assas  Examinateur
M. Ismail  FERHATProfesseur des universitésUniversité Paris-NanterreRapporteur
Mme Rachel VANNEUVILLEChargé de rechercheCNRS, section 43,Laboratoire Triangle, Université Lyon 2Rapporteure

Cette thèse analyse la reconfiguration du système d’enseignement du droit au Maroc dans un contexte où le Royaume cherche à s’affirmer comme un acteur africain majeur de l’enseignement supérieur, de la coopération internationale et de la production d’expertise juridique. Elle part d'une question centrale: comment et pourquoi l’internationalisation du droit transforme l’enseignement du droit au Maroc, à travers la reconfiguration des acteurs, des savoirs et des institutions qui en déterminent les orientations? En retour, cette recherche interroge, la manière dont ces mutations du système de l’enseignement juridique éclairent le nouveau rapport que ces acteurs — publics, privés ou transnationaux — assignent au droit dans le cadre des transformations qu’ils contribuent eux-mêmes à produire. S’inscrivant au croisement de la sociologie politique du droit et de la sociologie des relations internationales, la thèse rompt avec l’idée d’une diffusion linéaire de « modèles » étrangers. Elle mobilise les notions de prisme circulatoire, gouvernement à distance, d’intermédiation, et de capitalisme académique pour comprendre comment circulent les normes, les dispositifs et les acteurs, et comment ces circulations sont travaillées par des asymétries de ressources, des stratégies institutionnelles et des légitimités concurrentes. Le point de départ empirique est le désencastrement du droit hors des facultés publiques : écoles privées, institutions hybrides, cliniques juridiques, cabinets d’affaires, ONG et organisations internationales participent désormais à la production et à la légitimation du savoir juridique. Ce déplacement révèle une transformation structurelle du système : l’enseignement du droit devient un enjeu de gouvernement, de concurrence académique, de diplomatie universitaire et de positionnement continental. L’enquête repose sur 47 entretiens menés entre 2021 et 2025, et sur l’analyse de partenariats, de dispositifs et de scènes d’intermédiation, ainsi qu’un corpus substantiel de littérature grise (rapports, conventions, discours, données institutionnelles, documentations internes de certaines institutions). L’ensemble permet de reconstituer des configurations d’acteurs marquées par des hiérarchies instables, des coalitions hétérogènes et des scènes décisionnelles souvent informelles ou fragmentées. Les résultats montrent que l’internationalisation du droit ne relève ni d’un transfert ni d’un alignement homogène, mais d’un processus circulatoire inégalement distribué, façonné par des opérations de traduction, de résistance et de réappropriation. Les co-diplômations, programmes financés par des bailleurs, cliniques juridiques, chaires, dispositifs OHADA ou partenariats avec des cabinets d’affaires constituent autant d’espaces où circulent des normes et se reconfigurent les hiérarchies académiques. La thèse met également au jour une constellation d’acteurs aux intérêts parfois antagonistes : promoteurs du droit des affaires, défenseurs des droits humains, universitaires, ONG, consultants, institutions étatiques. Leur coexistence dans un même système produit des scènes de coopération, de compétition ou de contournement, révélant que les références à l’internationalisation fonctionnent comme des registres pluriels de légitimation. En combinant sociologie politique du droit et prisme circulatoire, la thèse montre que l’internationalisation du droit au Maroc est un processus situé, structuré par des rapports de pouvoir asymétriques, des ressources inégales et des stratégies différenciées. Elle éclaire ainsi la manière dont se recomposent les hiérarchies professionnelles, les modes de gouvernement du système d’enseignement et les ambitions du royaume sur la scène africaine.